Jaune Mars III

29 mars 2016 § Poster un commentaire

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Cheminer

5 février 2016 § Poster un commentaire

C’est un château qu’on pénètre, une embrasure, un cran, un pli, un coup de marteau, peut-être une ruine.

C’est une poignée de boutons d’or, l’allié de nos heures libres, l’objet de nos soucis, étrange et familier.

C’est un chemin qu’on prend, qu’on emprunte plutôt.

Tendons le bras, le col, le cou pour nous en saisir et marcher, dans la combine ou dans la boue.

 

texte de commande pour Annie Sibert, joaillière et artiste.

En pays de Cocagne

20 novembre 2015 § Poster un commentaire

C’est l’histoire d’un homme qui se fraie un chemin à coups de cuiller dans une montagne de bouillie, en surplomb d’une mer de lait. Une ventrée plus tard et quelques pas plus loin, il s’apprête à franchir un plessis de saucisses quand un cochon tout frais rôti vient à sa rencontre, la côte offerte, un couteau fiché en bandoulière dans la couenne. L’entame est déjà faite et le cochon insistant. Alors c’est par politesse qu’il le mange, comme l’oie bien grillée qui, après avoir déployé la nappe empesée des grands jours, vient se coucher à ses pieds dans un plat demi-creux en argent.

L’histoire ne dit pas s’il goûte aux galettes qui poussent en bord de route comme le chiendent, aux tuiles de tartes au flan et au miel du grand potdemieler au pied duquel sont allongés un clerc, un paysan et un soldat qu’il rejoint bientôt. Un bel œuf à la coque dodeline jusqu’à eux pour faire largesse de son petit corps mais il est trop tard, les quatre siestent là, bienheureux, étreints à chaque couture, fondus au sol, tout au régal de leur pesanteur. Car en pays de Cocagne plus on dort et plus on gagne.

D’après le Pays de Cocagne, Pieter Bruegel, 1567, à la Alte Pinakothek de Munich.

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15 novembre 2015 § Poster un commentaire

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Java

13 octobre 2015 § Poster un commentaire

Il s’agit de s’amuser, ici maintenant et avec tous, comme de savourer le chocolat noir très noir et la gnôle de tonton. Le défi est manifeste, tant de fois le plaisir se noie dans l’embarras.

Au crayon pourpre je me taille des yeux de silex pour les frotter aux yeux des autres. Je me fais à la nuit. J’enfile mon costume, j’ébouriffe, je plume, je me maquille, me parfume, je saupoudre en musique et sur toutes les faces, A puis B. Dans le temps infini et solitaire de la toilette mon attention se perd doucement, comme l’œil au spectacle d’une mer étale. Peu m’importe de sortir, je suis déjà à la fête.

Cette nuit le temps s’allonge à notre place. De part et d’autre : des peaux de prunes, prunes et cuites au sel de la côte, fardées, qui ondulent. Des repus, des à repaître, des regards froissés, des petites langues très imagées. Petites lampées d’un bouillon brûlant où trempe le jour qui pointe.


Trois bouchées sur la fête. Paru le 7 nov.

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Le nécessaire

10 juin 2015 § Poster un commentaire

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La Boixe, mai 2015  Nécessaire à parfum et cosmétiques en pâte de verre (bouchons bleu-nuit, Art déco)

La glace littéraire

29 mai 2015 § Poster un commentaire

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Le grec ancien est une langue de discoureurs : συκολογέω signifie aussi bien « disserter sur les figues » que les cueillir. Preuve s’il en faut qu’on goûte avec la langue et qu’il n’y a qu’un pas des mets aux mots !

Crème glacée à la feuille de figuier pour 6 personnes

Dans une casserole à fond épais, faire bouillir 1L de lait entier et 10cL de crème fluide entière. Retirer du feu et mettre à infuser une demi-heure dans le lait chaud une dizaine de jeunes feuille de figuier. Filtrer en prenant soin de bien presser les feuilles. A part, faire blanchir au fouet 10 jaunes d’œufs et 100gr de sucre cristal. Verser le lait parfumé sur le mélange puis remettre le tout dans la casserole à feu doux. La crème doit napper la cuillère mais ne jamais bouillir. Filtrer à nouveau au chinois, laisser refroidir complètement puis turbiner. A manger aussitôt ou dans quelques mois avec les premières figues rôties, en chaud-froid et feuille-fruit. Bonne dissertation.