De la chair

11 septembre 2012 § Poster un commentaire

Article de commande écrit il y a quelques mois. Compte-rendu d’une des plus belles visites de l’année, l’exposition Lucian Freud Portraits, au sein de la National Portrait Gallery de Londres. (9 février – 27 mai 2012)

Unanimement bien reçue et bien relayée par les médias, elle offre au regard du visiteur soixante-dix années de l’Œuvre de Freud, à travers cent-trente toiles dont quelques-unes inédites, en provenance de collections privés et de prêts internationaux. La disposition relativement chronologique permet, au fur et à mesure de la déambulation, de pointer clairement l’évolution de ses choix d’artiste, de sa peinture et de ses sujets. Comment par exemple il renonce à la minutie de ses portraits de jeunesse, des glacis presque flamands réhaussés de tracés fins, à la faveur d’une figuration plus expressioniste et comment se faisant il ne perd rien ni de son acuité ni de sa précision. Son attachement aux détails qui n’épargnent ni le modèle ni le spectateur -tâche de vin, écaille d’un vernis bleu, maigreur d’une épaule,  bourrelet d’un flanc, couperose- sous ses abords crus et cruels semble finalement davantage relever d’une attention familière et presque tendre à ses sujets amis. La palette, très belle, de teintes rabattues, douces, terreuses ou froides est aussi délicate que le regard est franc et sans détour. Une proximité implacable, un tant soit peu étouffante, qui chiffonne les corps et dévoile, toujours évasivement, un peu du drame qui se joue là. Les situations sont grotesques : risibles et pourtant imperméables à la moquerie. Et c’est un malaise fascinant qui l’emporte. La dernière œuvre de l’exposition, laissée inachevée sur son chevalet à la mort de l’artiste, donne elle la clef du travail de Freud à l’échelle du tableau, une étrange progression en spirale du cœur aux périphéries de la toile. A défaut de point final, clôre la visite sur l’imperfection si révélatrice de son ultime œuvre est un geste intelligent et qui sied à la peinture de Lucian Freud, arrimée à tout ce que la singularité étrange des êtres a d’éloquent.

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